Comment l’intelligence artificielle et la réalité mixte vont remodeler le travail de demain

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Les impacts de l’intelligence artificielle (IA) sur nos modes de travail sont puissants : en analysant au plus près nos pratiques et nos méthodes de travail, l’IA joue un rôle de miroir, qui permet in fine à chaque collaborateur de progresser dans sa façon d’interagir et de gérer ses tâches quotidiennes. En parallèle, la réalité mixte (MR, terme désignant les technologies allant de la réalité virtuelle à la réalité augmentée) fait rentrer l’entreprise dans une nouvelle ère et transforme notre manière de travailler en facilitant de nouveaux modes de collaboration plus efficaces et productifs. Décryptage de cette « new culture of work ».

Réunions improductives ou annulées à la dernière minute, documents introuvables, projets qui s’éternisent… Si tout le monde s’accorde sur le bien fondé et la nécessité d’un travail plus collaboratif, la réalité des usages quotidiens révèle un fossé entre la théorie et la pratique.

Alors que les pratiques collaboratives sont en constante augmentation avec des salariés consacrant plus de 80% de leur temps à des réunions, appels téléphoniques et rédaction d’emails, seuls 32% d’entre eux déclarent consacrer du temps à un travail approfondi et à valeur ajoutée (Etude PSB Research, avril 2018). Autre constat soulignant ce paradoxe : si les réunions sont là pour organiser au mieux la coopération, 44% du temps qui y est passé est considéré comme improductif.

 IA et analytics : le collaboratif au service de la productivité

Pour pallier ces effets pervers et simplifier la vie des collaborateurs, de plus en plus d’entreprises lancent des projets de « digital workplace » en s’appuyant sur des plateformes numériques dernière génération.

Alimentées par des technologies de reconnaissance visuelle, vocale et d’analyse prédictive, ces plateformes améliorent considérablement l’environnement de travail et optimisent la collaboration. Les salariés peuvent désormais travailler à plusieurs sur des documents en simultané et interagir via un chat parallèle, mais aussi bénéficier de recommandations avec, par exemple, la suggestion de modèles et de structures adaptés aux contenus des « slides ».

Grâce à l’IA et au cloud, les suites logicielles bureautiques se révèlent être des compagnons de travail hors pair, éclairant la façon dont chaque collaborateur utilise son temps, pour l’aider à mieux l’exploiter.

C’est la conclusion d’une récente étude menée par Forrester Consulting : en passant à un environnement de travail collaboratif moderne, les entreprises font d’énormes gains de productivité :

– 2 heures par semaine : c’est, en moyenne, le temps gagné dans la création, la localisation et l’édition des documents ;

– 1,5 heure : c’est le temps économisé, chaque semaine, sur la durée des réunions. La visio-conférence permet d’éviter de perdre du temps en déplacement, tandis que les meetings deviennent plus productifs grâce à la possibilité de travailler en commun sur un même document – et de partager des notes plus rapidement.

« Digital workplace » : un coach personnel au quotidien

De fait, ces « digital workplace » s’imposent progressivement comme des consoles universelle de pilotage de l’organisation numérique et jouent le rôle de tour de contrôle de la productivité des salariés. Tel un « coach personnel », ces apps bureautiques alimentent l’utilisateur de divers indicateurs : volume de mails envoyés et réceptionnés, temps passé avec son manager ou en réunion, le tout pendant ou en dehors des heures de travail « officielles ».

En analysant la manière dont les équipes travaillent ensemble, ces outils identifient des comportements et des modèles de collaboration que les managers et les RH peuvent ensuite utiliser pour améliorer l’efficacité organisationnelle, réduire le stress au travail, motiver et fidéliser les employés.

Cette nouvelle « culture du travail » impose aux responsables RH une nouvelle mission pour Damien Philippon, co-fondateur de la start-up Zelros : s’assurer de la bonne collaboration entre les employés et les systèmes d’IA intégrés à l’entreprise. Pour ce spécialiste en transformation numérique et en intelligence artificielle, les « entreprises qui vont tirer leur épingle du jeu seront celles qui organiseront au mieux la collaboration entre le cerveau humain et le cerveau en silicium pour en faire quelque chose de très puissant. »

Réalité mixte : ou comment combiner mondes physique et numérique

La montée en puissance de la réalité mixte incarne également cette révolution au travail, notamment dans le secteur industriel. En combinant les mondes physiques et numériques et en rendant possible l’ubiquité de la collaboration, la réalité mixte ouvre un champ des possibles aussi inédit que prometteur pour améliorer la productivité, la formation et stimuler l’innovation. Selon une récente étude menée par Harvard Business Review sur le sujet, 87% des organisations sondées déclarent actuellement explorer, piloter et déployer des projets de réalité mixte.

Pionniers de ces transformations, les constructeurs industriels se sont d’ores et déjà emparés de ces technologies. A l’instar d’Alstom qui s’appuie sur la réalité mixte pour piloter des projets dans des domaines aussi divers que la sécurité, la conception ou bien encore les ventes. Ainsi, en portant des casques à réalité augmentée lors d’opérations de maintenance des trains et des tramways, les techniciens peuvent réparer plus rapidement et efficacement en se faisant guider par des images holographiques, qui affichent en surbrillance (au travers des parois) les instructions ainsi que le réseau électrique de l’appareil.

Si la réalité mixte permet aux équipes commerciales de mieux vendre les produits grâce à une présentation immersive innovante, elle possède aussi un très fort potentiel en amont, lors de la conception, du design et de la configuration des modèles. En permettant aux experts d’être au cœur du terrain, de participer à des réunions de validation technique autour de maquette virtuelle, et ce dans le monde entier mais depuis leur bureau, la technologie offre des gains de temps extraordinaires. Ce nouvel environnement dans lequel les mondes réels et digitaux sont confondus permet aux objets physiques et holographiques de coexister et d’interagir instantanément. Cela permet de prendre des décisions beaucoup plus rapidement, tout en favorisant la collaboration à distance. De quoi révolutionner la conception industrielle dans de nombreux champs, dans le domaine du transport ferroviaire ou automobile, ou plus largement de la construction (navale, bâtiments, etc.).

La réalité mixte offre enfin de nouvelles opportunités aux RH pour améliorer la formation des salariés. Le centre de formation de Mercedes-Benz dispose ainsi de 100 casques HoloLens qui aident à former plus de 450 employés par jour. L’état d’immersion et l’interface visuelle permettent d’apprendre plus vite et d’être davantage impliqué dans le cours. Ce type d’usage est déjà en vigueur chez la plupart des constructeurs automobiles. Ainsi Volkswagen a prévu en 2018 de former plus de 10 000 de ses salariés en exploitant l’« immersion learning » (prise en main de postes de travail, collaboration…) et les centres de réparation de Porsche aux Etats-Unis sont déjà tous équipés de casques HoloLens. Ces nouvelles méthodes de travail permettent des temps d’intervention réduits de l’ordre de 40% et une plus grande qualité de la relation client.

Les effets vertueux de ces nouvelles technologies ne se limitent donc pas qu’à l’interne : les avantages commerciaux sont réels. C’est pourquoi Mercedes-Benz prévoit de déployer la technologie dans son réseau de 6 000 concessionnaires, et les concessions Audi sont d’ores et déjà équipés de casques Oculus Rift pour présenter une variété de modèles et d’options à leurs clients potentiels.

Vers une nouvelle culture du travail

Le périmètre des applications professionnelles de la réalité mixte est large, transformant et améliorant les modes et les conditions de travail de nombreux corps de métier. La virtualisation des environnements permet ainsi de familiariser les travailleurs à des contextes atypiques et/ou dangereux comme celui du désamiantage de locaux, projet de formation développé par l’Assurance Maladie, ou encore dans le cas des sociétés pétrolières et gazière, de s’initier à des opérations complexes à distance des installations offshore.

Réalité mixte et intelligence artificielle peuvent aussi s’allier au service de la chirurgie afin d’améliorer la précision des opérations comme le démontre l’expérimentation menée en décembre dernier à l’APHP. Pour la première fois, un chirurgien a pu réaliser une opération de l’épaule en étant assisté des lunettes de réalité augmentée Hololens. Rapports médicaux, bilans biologiques numérisés, imagerie 2D, scanners et IRM mais aussi tutoriels interactifs qui indiquaient la procédure pour poser une telle prothèse… Le chirurgien a pu visualiser en hologramme toutes ces données médicales projetées en temps réel dans le bloc opératoire.

Avec ces nouvelles technologies, ce ne sont pas seulement de nouveaux outils sophistiqués qui entrent dans l’entreprise, mais une nouvelle culture du travail qui émerge, stimulant tout à la fois la collaboration et l’innovation.

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Article originellement publié sur HBRFrance

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